Pendant des années, ma manière d’écouter de la musique a suivi le même chemin que celle de beaucoup de monde. Un smartphone dans la poche, un casque Bluetooth sur les oreilles et Spotify / Apple Music à portée de doigt. C’est simple, rapide, pratique et presque magique quand on y pense : des millions de titres disponibles immédiatement, partout, tout le temps.
Et pourtant, depuis quelque temps, j’essaye de prendre le chemin inverse. D’ailleurs, j’en parlais déjà en 2021.
Je suis revenu à un casque filaire. J’ai recommencé à télécharger et organiser mes propres fichiers musicaux. Je prépare manuellement mes albums et j’écoute de moins en moins de playlists. Et surtout, j’utilise à nouveau un appareil dédié uniquement à la musique : un petit baladeur numérique, dans l’esprit des anciens iPod.
Sur le papier, cela ressemble presque à une régression technologique. Dans la réalité, c’est probablement l’un des changements les plus agréables que j’ai faits récemment dans ma manière d’écouter de la musique.
Au départ, je cherchais simplement un meilleur son
Mon objectif initial n’était pas spécialement de quitter Spotify ou de me lancer dans une grande détox numérique. Je voulais avant tout améliorer la qualité de mon écoute.
Comme beaucoup de personnes, j’avais fini par utiliser presque exclusivement des casques et des écouteurs Bluetooth. C’est extrêmement pratique, notamment avec un smartphone. On ouvre l’application, le casque se connecte automatiquement et la musique commence.
Mais à force de m’intéresser davantage aux casques audio, aux convertisseurs, aux différents formats et à la qualité des enregistrements, j’ai eu envie de revenir à quelque chose de plus simple : un bon casque, un câble et un fichier musical de bonne qualité.

J’ai donc ressorti mon Meze 99, puis mon AIAIAI Studio, pour les utiliser en filaire, via un micro DAC adapté aux téléphones portables.
Et assez rapidement, j’ai eu envie d’aller au bout de cette démarche. Plutôt que de connecter ces casques à mon téléphone, pourquoi ne pas utiliser un appareil entièrement dédié à la musique ?
Le retour du baladeur
C’est comme cela que je me suis retrouvé avec de petits baladeurs tels que le FiiO JM21 ou le Snowsky Disc.
Ces appareils sont les descendants directs des baladeurs MP3 et des iPod que l’on utilisait il y a une vingtaine d’années. Ils sont évidemment beaucoup plus modernes, capables de lire des fichiers de très bonne qualité et d’alimenter correctement des casques filaires. Mais leur philosophie reste finalement assez proche.
On transfère sa musique dessus. On branche son casque. On choisit un album. Et on écoute. Rien de révolutionnaire. Et c’est justement ce qui me plaît.

Avec un smartphone, l’écoute musicale est toujours en concurrence avec autre chose. Une notification arrive. On répond à un message. On consulte rapidement ses mails. On regarde une actualité. On passe sur Instagram. Puis on revient à la musique sans vraiment se souvenir du morceau qui était en train de jouer.
Le téléphone est un outil formidable, mais il est conçu pour réclamer constamment notre attention. Un baladeur dédié fait exactement l’inverse. Quand je prends mon FiiO ou mon Snowsky, je ne peux pratiquement rien faire d’autre qu’écouter de la musique. Et finalement, c’est reposant.
Redécouvrir des albums plutôt que consommer des morceaux
L’autre changement important concerne ma façon de choisir ce que j’écoute.
Les plateformes de streaming nous ont progressivement habitués aux playlists automatiques, aux recommandations et au fameux bouton « lecture aléatoire ». On lance une playlist. Un morceau arrive. Puis un autre. Les artistes, les époques et les styles s’enchaînent sans que l’on intervienne réellement. C’est pratique, notamment pour avoir un fond sonore. Mais ce n’est pas toujours la meilleure manière de découvrir ou de redécouvrir un album.
Depuis que j’utilise davantage mes baladeurs, j’ai recommencé à écouter des disques en entier. Je choisis un album, je lance la première piste et je laisse les morceaux se suivre dans l’ordre prévu. Cela paraît évident, mais j’avais presque perdu cette habitude.

Un album n’est pas toujours une simple collection de chansons indépendantes. Il peut avoir une progression, une ambiance, une introduction, des respirations et une conclusion. Certains morceaux prennent aussi beaucoup plus de sens lorsqu’ils sont écoutés dans leur contexte.
En revenant à cette écoute plus classique, j’ai redécouvert des albums que je pensais pourtant connaître par cœur.
Attention, cette écoute « à l’album » est aussi transposable sur les plateformes Spotify & compagnie, pas besoin d’un baladeur pour cela évidemment.
J’écoute également davantage de morceaux que j’aurais probablement passés sur Spotify. Ceux qui commencent plus lentement. Ceux qui ne sont pas immédiatement accrocheurs. Ceux qui nécessitent plusieurs écoutes avant de révéler quelque chose.
C’est peut-être cela, le principal changement : je ne consomme plus seulement de la musique. Je prends à nouveau le temps de l’écouter.
Préparer sa bibliothèque fait partie du plaisir
Évidemment, cette méthode demande un peu plus d’efforts.
Sur Spotify, il suffit de rechercher le nom d’un album pour commencer à l’écouter. Avec un baladeur, il faut posséder les fichiers, les copier, vérifier les pochettes et parfois corriger les titres ou les informations associées.
Étrangement, je ne vis pas cela comme une contrainte.
Organiser une bibliothèque musicale fait partie de l’expérience.

Je retrouve le plaisir de sélectionner les albums que j’ai réellement envie d’emporter avec moi. La capacité de stockage n’est pas infinie, même si elle est aujourd’hui très confortable, et cette petite limite oblige à faire des choix.
On construit progressivement une collection personnelle.
Ce n’est plus un catalogue immense dans lequel tout est disponible, mais une discothèque numérique qui nous ressemble.
Il y a aussi quelque chose de satisfaisant dans le fait de voir les pochettes s’aligner sur l’écran du baladeur. Chaque album présent sur l’appareil a été choisi et ajouté volontairement.
Ce rapport à la musique est forcément plus lent, mais aussi plus personnel.
Et pour terminer, on peut imaginer aussi que c’est une façon de moins dépendre du cloud, des serveurs et de l’infrastructure mondiale pour sa musique : on pourrait parler ici d’un mouvement écologique en quelque sorte.
Mon astuce pour récupérer mes albums en FLAC
Pour profiter pleinement d’un casque filaire et d’un baladeur audio, j’utilise principalement des fichiers FLAC.
Le FLAC est un format compressé sans perte. Contrairement au MP3, il conserve l’intégralité des informations du fichier audio original, tout en prenant moins de place qu’un fichier non compressé.
Dans les faits, la différence audible dépend évidemment du casque, de l’enregistrement, du matériel utilisé et probablement aussi des oreilles de chacun. Je ne prétends pas entendre des détails surnaturels dans chaque morceau.
Mais quitte à construire ma propre bibliothèque musicale, je préfère partir de fichiers de bonne qualité.

Pour ce faire, j’ai utilisé un service qui est à la limite de la légalité, évidemment, et qui s’appelle Monochrome. En un clic, on récupère des albums entiers dans la qualité que l’on souhaite. Ces albums sont proprement indexés avec la photo de la pochette et tout roule sans accroche. J’ai fait le choix de tout prendre en qualité maximale, c’est-à-dire du FLAC, parfois jusqu’à 24 bits.
Et tout est stocké sur mon as afin d’être disponible facilement. Évidemment, pour mes baladeurs, tout est stocké sur une ou plusieurs micro SDs.
L’un des avantages du FLAC est également qu’il s’agit d’un format ouvert et largement compatible. Les fichiers m’appartiennent réellement et ne dépendent pas d’un abonnement ou d’une application spécifique.
Même si une plateforme disparaît ou modifie son catalogue, mes albums restent disponibles sur mon disque dur et sur mon baladeur.
Quitter les algorithmes, au moins de temps en temps
Je n’ai pas totalement supprimé Spotify de ma vie. Le streaming reste un outil formidable pour découvrir de nouveaux artistes, écouter rapidement une recommandation ou accéder à un album que je ne possède pas encore. Mais j’essaye de ne plus en faire ma seule porte d’entrée vers la musique.
Les algorithmes sont très efficaces pour nous proposer des morceaux proches de ce que nous écoutons déjà. C’est confortable, mais cela peut aussi finir par enfermer l’écoute dans une sorte de boucle permanente.

On entend de nouveaux morceaux, mais rarement quelque chose qui nous bouscule vraiment.
En préparant moi-même mes albums et mes playlists, je reprends la décision.
Je peux avoir envie d’écouter un album de métal des années 1990, puis un disque de hip-hop, un vieux classique de l’électro ou un album que je n’ai pas lancé depuis quinze ans.
Il n’y a pas d’algorithme pour m’expliquer que les autres utilisateurs ont aussi aimé tel ou tel artiste.
Il y a simplement mon envie du moment.
Une expérience moins pratique, mais plus agréable
Soyons honnêtes : utiliser un baladeur audio en 2026 n’est pas toujours plus pratique qu’un smartphone.
Il faut penser à le charger. Il faut transférer ses fichiers. Il faut parfois gérer les métadonnées. Il faut utiliser un câble. Et il n’est pas possible de retrouver instantanément n’importe quel morceau sorti la veille.
Mais cette petite dose de contrainte change justement la relation avec l’objet.
Le baladeur n’est pas un appareil universel. Il ne sert pas à communiquer, travailler, consulter ses comptes, prendre des photos ou perdre vingt minutes sur les réseaux sociaux.
Il sert à écouter de la musique. C’est tout.
Et dans un monde où chaque appareil essaye de faire absolument tout, je prends de plus en plus de plaisir à utiliser des objets qui ne font qu’une seule chose, mais qui la font bien.
Le plaisir du casque filaire
Ce retour au baladeur m’a également réconcilié avec les casques filaires.
Le Bluetooth est tellement confortable qu’il est difficile de revenir en arrière. Aucun câble à démêler, aucune prise à chercher et une grande liberté de mouvement.
Mais brancher physiquement un casque crée une sorte de petit rituel.
Je prends le baladeur. Je branche le Meze 99 ou l’AIAIAI Studio. Je choisis un album. Puis je pose le téléphone un peu plus loin.

Le son peut être meilleur, mais l’expérience est surtout différente. Je suis davantage disponible pour écouter.
C’est peut-être psychologique. Le simple fait d’utiliser un appareil spécifique et un casque filaire me place dans de meilleures conditions. Mais le résultat est là : je suis plus attentif aux arrangements, aux voix, aux instruments et à la production.
Et puis pas de batterie à recharger, le casque filaire sera toujours prêt pour sa musique.
Mon nouvel iPod, vingt ans plus tard
Au fond, le FiiO JM21 et le Snowsky Disc occupent aujourd’hui la place qu’avait autrefois mon iPod. Ce ne sont pas seulement des appareils techniques destinés à lire des fichiers haute résolution.
Ce sont des objets qui m’aident à ralentir.
Ils me poussent à sélectionner ma musique, à préparer mes albums, à écouter les morceaux dans l’ordre et à laisser mon téléphone tranquille pendant un moment.

Cette manière d’écouter est moins immédiate, moins connectée et probablement moins moderne. Mais elle me procure davantage de plaisir.
Je ne pense pas que le baladeur remplacera totalement le streaming. Les deux usages peuvent parfaitement cohabiter. Spotify reste extrêmement efficace pour découvrir, tandis que ma bibliothèque personnelle est devenue l’endroit où je retourne pour réellement écouter.
Finalement, je n’ai pas abandonné la musique moderne. J’ai simplement retrouvé une façon plus ancienne de l’apprécier.
Restez pas loin, dans quelques jours je vous donne mes « 80 meilleurs albums » qui constituent la base de ma bibliothèque musicale.