Les smartphones pliants ne sont plus vraiment une nouveauté. Ça fait maintenant quelques années qu’on nous promet le meilleur des deux mondes : un smartphone classique dans la poche qui, une fois ouvert, se transforme en petite tablette.
Sur le papier, l’idée est géniale. Dans la pratique, les premiers modèles demandaient quand même pas mal de concessions : ils étaient épais, lourds, parfois étranges à utiliser fermés, avec une autonomie moyenne et la petite inquiétude permanente de casser cet immense écran souple.
Mais les générations passent, et ça commence sérieusement à changer.
J’ai passé deux semaines avec le HONOR Magic V6, et il y a un détail important à connaître avant de commencer : mon smartphone personnel est déjà un Pixel 10 Pro Fold. Je ne découvre donc pas le principe du Fold avec le HONOR. Je sais déjà ce que j’aime dans ce format, mais également ce qui peut m’agacer.
Et pourtant, le Magic V6 m’a surpris.


Pas forcément parce que je passe ma journée à l’ouvrir pour profiter de son immense écran. En réalité, je l’utilise majoritairement fermé.
Sa grande force est ailleurs : c’est probablement l’un des smartphones pliants qui réussit le mieux à faire oublier qu’on transporte justement un smartphone pliant.
Un Fold qui commence enfin à ressembler à un smartphone normal
La première chose qui frappe lorsqu’on prend le Magic V6 en main, c’est sa finesse.
HONOR annonce 8,75 mm d’épaisseur fermé et un poids à partir de 219 grammes selon la finition. Une fois déplié, il descend à seulement 4 mm d’épaisseur. Pour comparer, mon Pixel 10 Pro Fold fait 10,8 mm fermé et 258 grammes.




Une quarantaine de grammes et deux petits millimètres ne paraissent peut-être pas révolutionnaires sur une fiche technique. Dans la main et dans une poche, la différence est pourtant énorme.
Le Pixel reste un bel objet, mais il donne davantage l’impression de transporter un appareil pliant. Le Magic V6, lui, se rapproche beaucoup plus des sensations d’un smartphone classique.
Et dans mon cas, c’est particulièrement important puisque je l’utilise la majorité du temps… fermé.
L’écran extérieur de 6,52 pouces a un format suffisamment classique pour que je n’aie jamais l’impression de devoir ouvrir le téléphone par obligation. Messages, réseaux sociaux, mails, musique, navigation, photos : absolument tout fonctionne très bien comme ça. Et la dalle est excellente, lumineuse, fluide et parfaitement adaptée à un usage quotidien.
Mais ce qui m’impressionne peut-être encore davantage est la charnière. On finit très rapidement par l’oublier.


L’ouverture est agréable, l’ensemble paraît solide et, une fois le téléphone ouvert, le pli au centre de la dalle n’est franchement plus un sujet. Évidemment, si vous cherchez à le voir sous le bon angle, vous allez le trouver. Mais en utilisation normale, mes yeux ne vont absolument plus dessus.
C’est probablement l’un des meilleurs compliments que je puisse faire à un smartphone pliant : au bout de quelques jours, on arrête de penser à la technologie nécessaire pour le plier.
On l’utilise, tout simplement.
Et puis, de temps en temps, je l’ouvre
Alors si j’utilise principalement le Magic V6 fermé, à quoi me sert son écran intérieur de 7,95 pouces ? Dans mon cas, surtout à une chose : lire.
C’est lorsque je consulte le Web que j’ai le plus naturellement tendance à ouvrir le téléphone.
Je tombe sur un article intéressant, une page un peu dense ou simplement quelque chose que j’ai envie de prendre le temps de lire : j’ouvre le V6 et je me retrouve instantanément avec presque 8 pouces devant moi. Et là, forcément, ça change tout.
On affiche davantage de contenu, les textes sont plus confortables, les photos prennent une autre dimension et l’expérience se rapproche beaucoup plus de celle d’une petite tablette.





Bien sûr, mon iPad Mini fait encore un peu mieux. Mais mon iPad n’est pas toujours dans ma poche. C’est finalement ça que j’aime dans le concept.
Je n’ai pas besoin que l’écran intérieur transforme tous mes usages. Je ne passe pas non plus ma journée avec trois applications ouvertes simultanément juste pour rentabiliser mon Fold.
La plupart du temps, c’est un smartphone. Puis, lorsque j’en ai besoin, je l’ouvre.
Et pendant quelques minutes, j’ai une petite tablette.
Ça paraît presque trop simple comme justification pour un appareil aussi sophistiqué, mais après avoir utilisé plusieurs smartphones pliants, je pense justement que c’est là que se trouve leur intérêt. Le grand écran n’a pas besoin d’être utile tout le temps. Il doit être utile au bon moment.
MagicOS : beaucoup de bonnes idées… et quelques gadgets
Un bon smartphone pliant ne repose évidemment pas uniquement sur sa charnière.
Il faut aussi que le logiciel soit suffisamment bien pensé pour qu’on ne passe pas son temps à lutter contre les deux formats d’écran.
Le Honor Magic V6 tourne sous MagicOS 10 basé sur Android 16, et mon premier constat est très simple : c’est extrêmement fluide.
Les animations sont rapides, le passage d’un écran à l’autre est naturel et l’ensemble donne vraiment une impression de produit mature.
HONOR propose évidemment toutes sortes de fonctions d’intelligence artificielle, du multitâche avancé jusqu’à la retouche photo par IA. J’en ai essayé quelques-unes.
La retouche assistée par IA, par exemple, est plutôt amusante et parfois impressionnante. On peut supprimer des éléments, retravailler certaines parties d’une image ou profiter des outils désormais assez classiques sur les smartphones haut de gamme.





Mais je vais quand même être franc : une partie de ces fonctions finit assez vite dans la catégorie gadget. On les essaie, on montre le résultat à quelqu’un et on trouve ça très cool… puis on revient à son utilisation normale du téléphone.
Honor a cependant très bien pensé son multi-screen avec différentes possibilités pour mettre deux ou trois applications côte à côte, mais aussi de réduire certaines fenêtres en superposition.
Ce qui m’a finalement davantage intéressé dans MagicOS est une fonctionnalité beaucoup moins spectaculaire : HONOR a fait de vrais efforts pour que son smartphone Android puisse cohabiter avec l’écosystème Apple.
Et ça, quand on utilise un iPhone, un iPad ou un Mac à côté, c’est plutôt malin.
La marque propose avec HONOR Connect différentes passerelles avec l’iPhone, l’iPad et le Mac : transfert de fichiers, accès à iCloud, notifications, connexion aux AirPods et même certaines interactions avec l’Apple Watch.
Je n’ai évidemment pas testé l’intégralité de cet écosystème, mais j’ai essayé le transfert de photos et le partage des notifications. Et… ça marche.
C’est presque rigolo de voir des notifications issues de l’univers Apple arriver sur un HONOR ou de transférer assez simplement des contenus entre des appareils qui, historiquement, ne sont pas vraiment réputés pour être les meilleurs amis du monde.
On reste loin de la transparence d’AirDrop entre deux appareils Apple, évidemment. Mais pour quelqu’un qui aimerait passer sur Android tout en conservant un Mac ou un iPad, je trouve la démarche vraiment intéressante.
Et surtout beaucoup plus utile au quotidien que la 42e fonction IA dont j’aurai probablement oublié l’existence la semaine suivante.
HONOR Magic V6 ou Pixel 10 Pro Fold ?
Évidemment, pendant ces deux semaines, j’ai constamment comparé le HONOR à mon Pixel 10 Pro Fold. Et je pensais qu’après deux semaines, j’aurais un vainqueur évident.
En réalité… pas du tout.
Le Magic V6 est largement plus agréable physiquement.
Il est plus fin, plus léger et beaucoup plus discret dans une poche. Fermé, c’est celui des deux qui ressemble le plus à un smartphone traditionnel.

Et comme je viens justement de vous expliquer que je passe la majorité de mon temps sur l’écran extérieur, ça compte énormément.
Le HONOR impressionne également par la qualité de ses deux écrans et sa charnière. En matière de hardware pur, j’aurais même tendance à considérer le V6 comme l’appareil le plus impressionnant des deux.
Mais en face, le Pixel reste… un Pixel. Et ça compte aussi.
J’aime particulièrement l’expérience Android proposée par Google, toutes les petites fonctions propres aux Pixel, la cohérence du système et surtout sa partie photo.
Le Pixel 10 Pro Fold est plus gros, plus lourd et moins agréable à transporter. Mais lorsque je reprends mon Pixel, je retrouve immédiatement toutes ces petites choses qui rendent un Pixel particulier.
C’est donc assez amusant : je serais aujourd’hui incapable de vous dire catégoriquement lequel des deux je garderais si je devais en choisir un seul.
Si mon critère principal était le confort quotidien, la finesse et le poids, je prendrais le HONOR. Si je privilégiais l’expérience Pixel et la photo, j’aurais beaucoup de mal à abandonner le Google. Ça ressemble à une réponse de Normand, mais c’est réellement mon ressenti après deux semaines.
La photo : très bonne… mais légèrement derrière les meilleurs
Sur le papier, le Honor Magic V6 est pourtant bien équipé.
On retrouve un grand-angle de 50 MP, un ultra grand-angle de 50 MP et un téléobjectif périscopique de 64 MP.
Et je voudrais corriger tout de suite une éventuelle mauvaise interprétation : le Magic V6 n’est absolument pas mauvais en photo.




Il se défend même très bien. Dans beaucoup de situations, il produit de très belles images et son téléobjectif apporte une polyvalence appréciable.
Simplement, lorsque je le compare directement à mon Pixel 10 Pro Fold ou à un iPhone haut de gamme, je trouve qu’il reste un tout petit cran en dessous.
C’est parfois dans la gestion de la luminosité. Parfois dans les couleurs. Parfois dans la façon dont certains détails sont restitués. Rien de dramatique.





Mais ce sont toutes ces petites différences qui font qu’avec un Pixel ou un iPhone, j’ai légèrement plus confiance dans l’image finale lorsque j’appuie sur le déclencheur.
Et forcément, sur un smartphone positionné aussi haut de gamme, je deviens exigeant.
Je préfère d’ailleurs vous laisser juger avec les exemples publiés dans cet article plutôt que de commencer à mesurer des pixels à 400 %.

Pour résumer : le Magic V6 est un très bon photophone, mais ce n’est pas celui que je choisirais en priorité si la photo était mon critère numéro un.
Une autonomie qui fait oublier qu’il y a deux écrans
L’autonomie a en revanche été une très bonne surprise.
HONOR réussit à intégrer une énorme batterie silicium-carbone de 6 660 mAh, malgré l’extrême finesse du téléphone. Le Magic V6 accepte en plus une recharge HONOR SuperCharge jusqu’à 80 W en filaire et 66 W sans fil avec les chargeurs compatibles.
Dans mon utilisation, je n’ai pas besoin d’aller beaucoup plus loin que ça : il tient facilement ma journée. Et c’est exactement ce que je demande à ce genre de téléphone.

Je n’ai pas envie de réfléchir avant d’ouvrir le grand écran en me disant que je vais massacrer les 20 % de batterie qu’il me reste. Avec le V6, je l’utilise normalement, grand écran compris, sans vraiment m’en préoccuper.
Et lorsque je dois le recharger, la recharge rapide est également très appréciable. On branche quelques minutes et on récupère suffisamment d’autonomie pour repartir.
Là encore, ce n’est pas une fonction spectaculaire.
C’est simplement un compromis historique des smartphones pliants qui devient de moins en moins visible.
Et c’est exactement ce qu’on attend de cette génération.
Alors, est-ce que je pourrais vivre avec le Magic V6 ?
Très facilement.
Après deux semaines, je retiens surtout une chose : la polyvalence. Le Magic V6 est d’abord un excellent smartphone que j’utilise la plupart du temps fermé. Il est fin, relativement léger pour un Fold, ses écrans sont excellents et son système est parfaitement fluide. Puis je tombe sur un article que j’ai envie de lire confortablement.
Je l’ouvre. Et mon smartphone devient une petite tablette. C’est tout.
Et c’est justement ce qui rend le concept aussi agréable. Je n’ai pas besoin de chercher des usages extravagants pour justifier l’écran pliable. Il suffit qu’il soit là lorsqu’il apporte réellement quelque chose.




HONOR ajoute en plus quelques bonnes idées avec MagicOS et notamment cette volonté assez inhabituelle de faire cohabiter Android avec l’écosystème Apple. Certaines fonctions IA sont amusantes mais restent à mes yeux assez gadgets ; les passerelles avec l’iPhone, l’iPad ou le Mac me semblent beaucoup plus intéressantes à long terme.
Il y a malgré tout un dernier problème, et pas des moindres: le prix.

Le Magic V6 a été lancé en France à 2 299,99 € en 16 Go / 512 Go, avec heureusement des promotions très importantes dès son lancement. À plus de 2 000 €, je trouve très difficile de recommander n’importe quel smartphone, aussi impressionnant soit-il.
Pour moi, 1 500 € constitue à peu près la limite à partir de laquelle ce type de produit commence à devenir recommandable. Certes, ce Magic V6 remplace deux produits en un, c’est-à-dire un smartphone et une petite tablette, mais… Ça reste une énorme somme pour un téléphone, évidemment.



A ce niveau de prix, la polyvalence du V6, son niveau de finition, son écran intérieur et sa finesse commencent réellement à justifier la différence avec un smartphone haut de gamme classique.
Et finalement, après ces deux semaines, le plus gros compliment que je puisse faire au Magic V6 est assez paradoxal : le meilleur smartphone pliant est peut-être celui qui réussit à vous faire oublier, la plupart du temps, qu’il est pliant.
Le HONOR Magic V6 en est vraiment très proche.
